Philippe Zen, seul invaincu depuis six ans en championnat, a remporté les Championnats du Monde 96 avec son Sky "DragQueen" en Afrique du Sud après deux titres sur Rans Coyote.

Questions au champion du monde:

F.E. -"Le Sky, avec sa technologie dépouillée (très zen... ha! ha!), comment ça peut marcher en compétition ?

Ph. Zen - Ca marche méme très bien, car nous ne sommes pas en Formule I , mais en ULM, oü le champion du monde est sensé étre le meilleur pilote de la meilleure machine de tous les jours ! les Championnats se disputent autour d'épreuves de navigation d'économie, et de précision d'atterrissage.

Par exemple, pour les PA., on coupe le moteur à 300 m/sol et on revient se poser dans un porte-avion de 100 m x 20. On marque 250 points si on touche avant 5 m sans rebond (la roue ne doit plus se soulever du sol) à la première borne, puis 200 points, 150, etc. suivant les bornes.On doit de toutes façons freiner et s'arréter dans les 100 m, si on sort c'est 0. Quand à la technologie du Sky, elle ne peut choquer que (es obtus ou ceux qui ne savent pas calculer Au lieu d'un fuselage soudé, presque tout est réalisé en tubes droits: un coup de scie, deux trous, c'est terminé. C'est de l'ULM, avec les performances d'un petit avion. L'esthétique mécanique est discutable, mais ó combien efficace et solide... Les pattes écrasées des haubans: c'est génial, et ça tient plus de 12 G !.. Combien y a-t-il eu de morts à cause de mauvaises manipulations de rotules ? En plus c'est français, on ne s'embéte pas avec de la visserie américaine, si on a un problème on peut se dépatouiller soi-méme, ou on téléphone et deux jours après on a la pièce. Malgré les charges qui pèsent sur les petites entreprises françaises, Synairgie est arrivé à produire une excellente machine, robuste et performante, à un prix minimum.

- Comme d'habitude, tu as modifié toiméme ton moteur avec I'appui de tes amis, sans soutien technique de I'usine. C'est une bonne base le 91 2 ?

- Oui, plus que le 914 qui, pour 100.000 F, n'est méme pas à injection. Au départ j'étais parti sur le montage sur le 912 de carbus Ellison avec des diffuseurs plus fins. Mais avec Sybele, je me suis tourné vers I'injection électronique: plus de risques de givrage, compensation altimétrique automatique, en avance sur les normes antipollution auxquelles il faut déjà penser:. Le système a été mis au point en emmenant un ordinateur en vol pour pianoter directement des modifications d'ouverture des injecteurs, décaler l'injection et I'allumage. L'électronique de l'allumage a donc été reprise pour étre combinée à I'injection par des calculateurs doublés. Les injecteurs et la sonde lambda viennent de chez Bosch, la pompe est une Pierburg, comme sur les Mercédès, équipée d'un papillon et de boites à air maison. J'ai choisi de réduire de 40% I'arrivée d'air en limitant l'ouverture du papillon. Sybele a aussi fabriqué un calculateur pour indiquer la consommation à moins de 2% près, en fonction des temps d'ouverture des injecteurs car il s'est avéré impossible d'adapter un économètre ordinaire à cause du refoulement au réservoir lié à I'injection. La préparation moteur s'est complétée d'un échappement Inconel préparé spécialement par Chabord. Le bati-moteur est resté d'origine. J'ai aussi essayé une quarantaine d'hélices en bi et tri-pales, avant de choisir une Duc.

- Quelles sont les modifications du Sky Zen ?

- Gráce à son faible maitre-couple, son fuselage bien conique, et son pare-brise droit qui emmène l'air au-dessus, le Sky va déjà vite d'origine. Tout ce qui est structurel est de série, sauf une partie de la visserie qui a été réalisée à partir de barres titane de 6 et 8 mm. Le fuselage a été doublé par cábles, mais ça n'a pas servi à grand-chose. Le train super costaud absorbe bien, et la fourche avant en acier 2SCD4S plonge légèrement à l'atterrissage, ainsi le Sky se met en incidence négative, et ne veut plus repartir il a fallu gagner le plus de poids possible et soigner la finesse. Avec des pneus tubeless et un trim électrique (plus léger que le système mécanique à cábles et gaines), la masse vide d'environ 230 kg est inférieure à celle de mon précédent appareil qui avait demandé un gros travail d'allégement. J'ai aussi aug menté les possibilités des volets: ils peuvent se positionner en négatif de 2° pour la vitesse, ensuite le cran suivant est utilisé en croisière relativement lente, avec un meilleur rendement entre 90 et 135 km/h, encore un cran et I'on augmente artificiellement le vrillage de I'aile pour tourner dans les pompes avec plus de portance à faible vitesse sans toucher au taux de chute, un autre pour voler aux vitesses minimum, et le dernier pour casser la pente. Les saumons, ainsi que les bords de fuite profilés des empennages (non représentés en pages 1819) ont été aussi revus. Les nouveaux haubans plus (égers sont contreventés par un profilé nautique.

Dans l'habitacle, le plancher est maintenant transparent, alors que la commande de gaz s'est démesurément allongée. Le réservoir a été gradué très finement pour connaitre la réserve au dixième de litre près. Le manche du copilote est amovible pour déplier les cartes, et i) profite d'une porte bombée. Les sièges ont été refaits avec une mousse quatre fois plus légère. Il a aussi fallu déplacer le tableau de bord pour augmenter la visi. La fiabilité des instruments (vario, alti, contróles moteur, etc ...) importés par Karine Boveroux n'a pas été mise en défaut. Un badin parfaitement étalonné est très important dans les épreuves de régularité: en championnat, on arrive à tenir des moyennes à deux secondes et demi près, pour des par cours de 200 km. Dans les pompes, il est primordial d'avoir un vario qui réagit vite parce qu'on coupe le moteur et on profite des ascendances comme les planeur. J'ai d'ailleurs découvert après la compétition qu'hélice verticale, je gagne presque un point de finesse. Pour les prises statique et dynamique, nous avons simplement percé le bord d'attaque pour adapter deux tubes de 30 cm de longueur de chaque coté. Ensuite, avec le GPS, nous avons étalonné précisément les instruments, qui se sont révélés excellents autant en précision qu'en rapport qualité-prix. J'avais déjà testé de I'instrumentation certifiée, pour constater des écarts de méme valeur.

- Quelles différences avec ta monture précédente ?

- Le Sky est plus petit qu'un Coyote, mais aussi habitable. D'origine, le Coyote est un tout petit peu meilleur en finesse pure, avec à peu près 4 ou 5% de mieux en taux de chute. Avec le mien, j'arrive aux mémes performances de taux de chute et de finesse que mon Coyote préparé de 95. Sur les autres plans, le Sky est supérieur à mon avis. Il a moins d'allongement, mais un maitrecouple et surface mouillée plus faibles. En précision d'atterrissage, le Sky est bien meilleur: quand on le jette sauvagement par terre, ni il ne plie, ni i) ne rebondit !

- Et maintenant, quels sont tes projets ?

- D'abord rétablir l'alimentation totale du 912 pour produire dans les 90 cv. Puisque je dépasse déjà la VNE avec 65/68 cv, je vais sans doute faire de nouvelles ailes de 13,5 m2 en entoilé dur qui devraient porter les performances aux alentours de 215 km/h en pointe. Ou peut-étre garder les ailes actuelles modifiées par un système de profil variable au sol que j'ai en projet. Par un procédé ultra-simple, il devrait étre possible de privilégier tantót la vitesse maximum et tantót le taux de chute. A mes débuts en compétitions, j'avais déjà commencé à expérimenter par hasard ce concept... J'avais un mini-Weed monoplace très préparé. Quand je suis allé le chercher, il faisait I 12 km/h à fond avec un Rotax 462 et sans gonfler le moteur, je I'ai amené à 164 km/h. Les profils d'intrados "cloquaient": quand j'allais doucement, ils étaient concaves, et puis ils devenaient convexes ! Et ce profil variable fonctionnait, avec le problème qu'il y avait une aile qui cloquait avant I'autre, et je me retrouvais parfois en banane... Depuis, je suis devenu nettement moins aventureux !