Pour ce 15 aoüt, la chaleur promet d'étre étouffante, orages, désespoirs et bouchons en boucle au Sud. Je réve de route libre, d'azur, d'altitude et de lumière crue. Un anticyclone est annoncé à 1'Est pour les prochains jours, ça parait idéal pour un périple dans les Alpes dolomitiques, à la frontière ItalieAutriche-Slovénie. Petit calcul de route : 2 400 km aller-retour, c'est jouable avec un brave Sky/91 2 qui rentre de 2 000 km au Portugal et réve de se gaver d'ozone alpine O % de pollution. Je pourrai méme coupler ça avec un retour sur Briançon pour me taper une "via ferrata" ( 1 ) avec ma tendre dulcinée....
Mercredi, 11 h. En guise d'azur, la brume refuse de se lever du ciel toulousain. Je finis par décoller, les 2 réservoirs de 60 litres 100 % full, pour 550 km de direct jusqu'au Mt-Blanc et 70 km jusqu'à Barrone Rosso, ma première étape italienne. Ça parait un zeste démentiel en carburant mais je prévois de monter à 16 000 ft en consommant un max et refuse de galérer pour ravitailler les jours suivants comme c'est la coutume en "terra incognita". J'attaque les 4 h de lente montée vers I'azur promis du Mt-Blanc par un sympathique 4 700 tr/mn et 130 km/h accompagnés d'un poulet au curry sur lit de patates bouillies à la ciboulette. Oui je sais, on s'en met plein les doigts mais ça aide à passer le Larzac, les Cévennes et la vallée du Rhóne qui ont tendance à sérieusement endormir. Quinze heures, 13 000 ft, je passe I'alti-surface de Coppier à Monestier, devant moi l'Alpe d'Huez et, en extrémité de vallée, je devrais apercevoir les 4 000 m de la Meije, chère à mon coeur de snowborder. A sa place, une tranche épaisse de cumulus éradique à perte de vue tout relief audessus de 10000 ft. Le modèle informatique MTO semble accuser quelques faiblesses. J'attends Albertville paur spiraler obstinément jusqu'à 16 000 ft, dépassant à peine le mash mallow cumuliforme qui a englouti les 4 800 m du MontBlanc, le 912 s'époumone à 4 700 tr/mn maxi et, gardant I'aéro de Mégève en secours, je traverse jusqu'à Bourg-St-Maurice.

Soulagement, le col du petit St-Bernard n'est pas accroché et la couche se désagrège après Aoste. Je redescends à 13 000 ft, passe sous la couche et fonce vers I'aérodrome d'Aoste à I'écoute du 119,95 dont les vacations radios sont dignes de Pavarotti en tchatche et niveau sonore ! Dix-sept heures, le terrain Barrone Rosso apparait, décalé de 5 km du point GPS officiel. Je réduis à 3 000 tr/mn, I'aiguille de I'alti n'en finit plus de dégringoler. De 13 000 à 1 000 ft, je peux enfin dégourdir mes pieds gelés. L'accueil de Ricardo Brancaleone, I'instructeur, est chaleureux mais il a du mal à croire que j'arrive direct de Toulouse via le Mt-Blanc. Flavio, un de ses amis, exhibe une pièce rare, une carte aéro d'Italie avec terrains ULM. II a mis 6 mois à se la procurer et il me la tend amicalement : "Tu me la rendras à ton retour, tu vas lui donner le baptéme du feu...". Une image du baron rouge tirant en vol au pistolet sur mon Sky francais me traverse alors I'esprit, 16 000 ft, ça use les neurones semble-t-il !

Jeudi, à 9 h 30, la MTO est tutti simili à celle d'hier soir : cíel laiteux et couches de cumulus indécrottables au-dessus d'Aoste. Aujourd'hui c'est la féte ! Cap au nord-est : je m'offre tous les lacs d'Italie du nord : le majestueux Majeur et ses iles Boromées, I'étroit lac de Come et de Lecco, le plus beau : Iseo, le plus large : Garde. Puis c'est la montée vers les Dolomites par I'altopiano des 7 communes oü tróne le terrain planeur d'Asiago. La carte de Flavio est une merveille, je tombe pile sur le terrain de Trichiana, au bord du Piave. Un appareil est en vol. J'essaye de le contacter sur la fréquence de Belluno : 119,65. Chance, il parle anglais et décide de me suivre jusqu'au massif de la Marmolada à 30 km et de faire quelques photos. Avec I'aire hélíco d'Agordo longue de 200 m en secours, nous spiralons pour décrocher les 14 000 ft indispensables et enfin c'est le coup au coeur tant attendu ! Ils sont tous là, taillés à la serpe par une nature inspirée, les massifs de Civetta, Sella, Croda Rossa, etc, une vingtaine de 3 000 m, gris et ocre, et la ville de Cortina di Empezzo nichée entre les 2 plus élancés, IeTofane et le Cristallo. Je longe la Marmolada, me régalant de la lumière vive et du froid qui cisèlent son glacier. Accroché à la falaise du Tofane, en équilibre précaire, je distingue les randonneurs du refuge de Dibona et reconnais les via ferrata qui traversent la falaise. Séjourner à Cortina est un vrai régal entre les foréts entourant chaque massif, les télécabines accédant à 3 000 m et les ferrata tissant leur cheminement entre les deux, ça fleure bon le goüt de paradis. Au nord, I'enchevétrement des massifs

vers l'Autriche, à 30 km, semble sans fin et des images de chalets enneigés à clochettes et traineaux m'embrument tes mirettes... A regret, je quitte mes 360° au-dessus de I'aéro de Cortina. Ce coin est vraiment magnifique à survoler. Nicolas Hulot a dü, ici, s'exploser les neurones avec le motoplaneur allemand DG500 ! Je saute dans la vallée de Cadore et, en une 1/2 h, je rejoins Belluno. II est 15 h, Venise est droit devant à 80 km. Banzaï ! La descente de 14 000 ft au niveau de la mer est une vraie griserie, un peu moins apprécié par mes sinus. Après le terrain de Caposile, je vire au point de cheminement bord de mer à 1 000 ft AGL et me cale sur 120.0, la fréquence de I'aérodrome de Venezia San Nicolo situé au niveau du Lido. Peu de trafic sur I'aéro international de Venezia Tessera, à ma droite. Tant mieux, je n'en suis qu'à 10 km ! En vue du terrain, je me prépare à une discrète verticale quand j'entends le contróleur s'énerver : "Ma qué regazzi, no le diche de piu, contacta frequencia 120.0...." De qui parle-t-il ??? Dans le doute, je place un beau 180° face à Venise (superbe !) et me fonds dans la nature. Cinquante rapides kilomètres de contournement plus loin, arrivée pile poil sur le terrain de "II Rancho". J'opte rapidement pour sa piscine tentant de noyer les 6 h 30 de vol qu'affiche le GPS. J'y retrouve Stephano Salvatore, le proprio, qui essaye, lui, de récupérer du rallye ItalieNorvège-Slovénie-Italie qui vient d'avoir lieu. "On a fait 600 kmljour pendant 10 jours ! Beau mais un peu long ! Au fait, connais-tu I'Angel. Je le revends ici, je te montre." Très vite les 582 de 2 helicos ULM Angel CH7 pétaradent et la démo tourne vite au remake d'Apocalypse Now, version Leone. Je baisse la téte sous le regard narquois des amis de Stephano depuis longtemps vaccinés.

Vendredi, 9 h. Ciel laiteux et fournaise, les 2 mamelles de I'été italien ! Le changement vient du 912 : plus de batterie, plus de démarreur ! Pourtant, aucune anomalie ne saute aux yeux, Stephano approche sa voiture et la béte démarre illi co. Mais 30 mn après le décollage, le comptetours baisse de 500 T sans que le bruit moteur ne change. Angoisse ! Puis nouvelle baisse de 500 T et rideau de tous les cadrans moteur. Ouf ! Ce n'est que la batterie qui rend I'áme... Bon ! Adieu le GPS, bye-bye la VHF, vive le compas ! Cahotiquement, j'atteins le terrain de Somiaga près de Chiavenna. II est midi, des pendulaires font mumuse près du mont Gruf. A I'Est, de mes 13 000 ft, je vois nettement le massif de Bernina et ses quatre 4 000 m : Roseg, Bernina, Zupa, Palu et, en dessous, les deux lacs avant la station huppée de St-Moritz. L'ambiance est sauvage, ça fourmille de 3 000 m. La Suisse dont les frontières m'entourent ressemble à un gigantesque hérisson granitique. Je saute dans la vallée de Bellinzona, longe la CTR de Lugano oü un jet siglé Swissair me croise au méme niveau de vol. Je suis bien en Suisse et il doit plutót étre étonné s'il a réussi à voir ma minuscule carcasse frigorifiée ! Je retrouve mes iles Boromées toujours sur le lac Majeur et ma vallée d'Aoste avec son lot quotidien de couches de cumulus, ça fait plaisir de se retrouver à la maíson ! Bingo ! Le Cervin et son voisin le Mt-Blanc ont leur sommet dégagé. Ça me fait chaud au coeur et, vu les tremblements de froid qui m'agitent, ça fait du bien. Au col du petit St-Bernard, agréablement surpris, je découvre une alti-surface idéalement placée au sud-est, du french cóté. II est temps de songer à mon PB électrique et une visite chez Zen, à quelques cumulus de là, me parait avisée. J'apprends que son cher mécano s'est fait plus cher encore en vendant son áme au diable "Rans et Cie" et que les détours amplifient parfois les PB car j'abime ma trípale en redémarrant le moteur pour tester la charge. Une once d'araldite et d'énergie ULMique et, à la nuit, je dors à Visan dans le Gard. Le lendemain samedi, je trouve la panne, un fil du régulateur s'était détaché, et retrouve ma moitié comme convenu. L'ULM n'est vraiment plus ce qu'il était depuis I'avènement de "Herr Doctor 912". On peut fixer des rendez-vous et méme les tenir ! Le bilan positif de ce périple est la sensation jouissive que le ciel d'Europe est enfin à la portée d'ULM basiques standard comme mon tubes et toile, seulement améliorés en autonomie. A condition de rester sur des terrains ULM et de se fondre dans les règles d'espace aérien local, des week-ends vers Venise, en Bavière ou aux Asturies sont désormais à portée d'aile, sans stress et sans bouchons, méme un 15 aoüt, le réve non ?.